L’avocat du «Diable» (DATE DE PARUTION 27 NOVEMBRE 2008)

Par Alain-Michel Ayache le 18 juin 2009

Après Maher Arar, c’est au tour de trois autres musulmans… canadiens, Ahmad el-Maati, Muayyed Nureddin et Abdullah Almalki de réclamer des dommages et intérêts au gouvernement du Canada pour des crimes commis contre leurs personnes par des pays dont ils sont originaires, tel la Syrie et l’Égypte.  Ce qui est regrettable, c’est que le contribuable canadien se voit désormais obligé de payer la facture à la place des dictatures du Proche et du Moyen-Orient, tout cela à cause d’un précédent créé par l’affaire Arar!

En effet, la décision du gouvernement canadien de payer des dommages et intérêts à Maher Arar pour avoir été « torturé » par les services de renseignements syriens, à cause de « fausses informations » adressées par la GRC et par le SCRS aux autorités américaines, n’a fait qu’ouvrir une boîte de pandore pour ce genre de situation.  Le problème ne réside pas dans la volonté du gouvernement d’apporter une certaine aide à ces « victimes », mais surtout dans la façon dont le système aborde lesdits problèmes.

Ce qu’il faut savoir

D’ailleurs, aussi polémique que ce qui suit sera, la vérité reste toujours vague, compte tenue des informations qui circulent dans le milieu arabe à Montréal.  Je m’explique : 

Selon des observateurs de la scène politique arabe, et non des moindres, qui habitent la France et qui sont de fins critiques du gouvernement syrien, M. Arar serait membre des Frères musulmans.  Or, ces derniers sont bannis par les autorités syriennes contrôlées par une minorité alaouite (secte issue du chiisme) à laquelle appartient l’actuel président syrien, Bachar Assad.  Le père de ce dernier avait détruit deux villes en 1982, Hama et Homs, par l’aviation syrienne et causé plusieurs dizaines de milliers de morts, ceci pour mettre fin aux actions et aux tentatives de putsch que les Frères musulmans (sunnites) fomentaient contre lui et son régime dirigé par une main de fer alaouite.  

Depuis l’invasion de l’Irak par les Américains, mais surtout depuis l’évacuation humiliante des troupes d’occupation syriennes du Liban sous le poids de la colère populaire libanaise, de même que dans le cadre d’un jeu de passe-passe pour gagner les faveurs américaines ou pour monnayer quelques stratégies régionales, le régime Assad (fils) multiplie les efforts de déstabilisation de la rue arabe, notamment l’irakienne. Sa méthode la plus rusée consiste à encourager les combattants sunnites des Frères musulmans et ceux d’Al-Qaïda à partir se battre en Irak contre les alliés (notamment les Américains), plutôt que de diriger leurs attaques contre le régime des Assad. Car il faut comprendre que la majorité en Syrie est sunnite et non alaouite.  La dernière ne représente que 5% de la population syrienne ; pourtant, ce sont les sbires d’Assad qui, depuis plus de 40 ans, dirigent le pays d’une main de fer ! 

Le résultat d’un tel machiavélisme est, bien entendu, l’affrontement politique avec Washington.  Or, depuis que l’Iran occupe de plus en plus de place sur la scène régionale, Damas multiplie les tractations pour regagner sa place de joueur principal dans la région, notamment suite à la dislocation du régime-frère baassiste de Saddam Hussein.

 

Comment s’y prendre?

La méthode la plus intéressante que Damas a trouvée consiste avant tout à continuer de jouer les uns contre les autres et de se positionner comme intermédiaire ou comme pourvoyeur de solutions. C’est dans cette optique qu’il faut analyser l’affaire Arar.  En effet, selon les observateurs du monde arabe en question, Arar fait partie des Frères musulmans.  Or, ce sont ces mêmes Frères musulmans qui envoient leurs Jihadistes se faire exploser en Irak contre les Américains et leurs alliés irakiens et occidentaux.  De plus, il semblerait que des proches d’Arar cherchent à vendre la mèche selon laquelle il se serait réellement déplacé en Afghanistan pour des raisons louches.  Le problème, c’est que ces derniers refuseraient de parler tant qu’une bonne somme d’argent ne leur aurait été pas versée !

En d’autres termes, et sans vouloir accuser M. Arar de quoi que ce soit, le geste du gouvernement fédéral de payer une personne pour des erreurs commises par un autre pays a ouvert la porte à d’autres demandes similaires. Car la GRC et le SCRS n’avaient pas de fausses informations en tant que tel, puisque les Frères musulmans sont bel et biens un groupement de fanatiques musulmans et recrutent des Jihadistes pour se battre contre l’Occident.  Si l’on part du principe que l’information qui leur a été transmise et selon laquelle M. Arar appartenait aux Frères musulmans, donc, et conformément à la Convention de sécurité signée entre le Canada et les USA après les événements du 11 septembre 2001, les institutions de sécurité du Canada n’ont pas commis d’erreur !  Si erreur il y eut, c’était davantage celle des États-Unis d’Amérique, car M. Arar aurait dû être renvoyé au Canada, qui est officiellement son pays, plutôt qu’en Syrie. D’où la question principale : À qui a servi le « crime » ?

 

Un précédent dangereux

Ainsi, le dédommagement financier de M. Arar, bien qu’il soit humainement justifiable pour certains, procure des munitions à tous ceux qui voudraient réclamer des sommes d’argent du gouvernement fédéral en tant que dédommagement pour avoir subi des préjudices dans leurs pays d’origine !  En quelque sorte, voici une sorte d’une loterie inespérée qui est mise à la disposition des plus zélés !  Or, ceci n’est qu’une preuve concrète de la faiblesse de nos institutions, qui se laissent intimider par des personnes qui profitent largement du système.

Ce dont le Canada a besoin, c’est de répondre rapidement aux appels de ses citoyens en détresse dans leurs pays d’origine. Selon les lois de ces pays, souvent dirigés par des dictateurs sanguinaires assoiffés de pouvoir et d’argent, toute personne née ou de descendance de parents originaires du pays en question, (ex. Syrie, Égypte, etc.), est considérée « native » du pays dès lors qu’elle se trouve sur son territoire.  La nationalité canadienne ne sert alors à rien et n’accorde aucun privilège à son détenteur.  D’ailleurs, de nombreux cas similaires ont déjà été signalés dans plusieurs pays, où le passeport canadien n’a pas servi à grand chose d’autre qu’à être encore plus torturé et accusé d’espionnage pour le compte des … Américains ou des Israéliens.

Aujourd’hui, nous voilà donc, encore une fois, aux prises avec trois nouvelles personnes qui défient le gouvernement et lui demandent réparation pour des crimes commis par d’autres pays.  Pour peu, l’on va finir par croire que les services de sécurité canadiens ne servent plus à rien autre que de diffuser des mensonges et de provoquer la torture par régimes interposés !

Malheureusement, une telle politique de « naïveté » peut entraîner des conséquences néfastes sur nos services, à une époque où le terrorisme est dormant à l’intérieur de nos frontières et n’attend que le bon moment, celui de la faiblesse de nos institutions, pour activer ses cellules.  

Faut-il vraiment, au nom de l’humanitarisme, être laxiste au point de laisser des zélés usurper le système ?  Faudrait-il purger nos institutions de sécurité pour les rendre plus efficaces et capables de mieux cerner le vrai du faux ? Sommes-nous devenus peureux au point de nous priver de dire les choses comme elles sont, sans crainte de provoquer un soulèvement des médias au nom des « droits de la personne » ? Or, ce sur dernier point précisément, je crains que cela ne soit déjà peine perdue car, à y regarder de plus près, on peut sérieusement se demander quand s’imposera les changements à la Constitution canadienne afin qu’elle devienne plus appropriée aux détracteurs de notre société. Seul une politique « clairvoyante », efficace et rigoureuse pourrait stabiliser et remettre sur pieds nos institutions de sécurité.  C’est justement là tout le défi du nouveau ministre de la Sécurité publique, Peter Van Loan. 

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