The Métropolitain

La Fonderie Darling: un espace de création unique

Par Louise V. Labrecque le 13 novembre 2008

Notre vrai moi n’est pas tout entier en nous.

~ Jean-Jacques Rousseau. 

 

« Il n’y a pas plus québécois qu’un Québécois ! »  Voici une maxime résumant à elle seule un type de québécitude bête à pleurer, un complexe en somme.  De ce genre de cliché, de préjugé, de formule toute faite, impossible de ne pas faire matière à réflexion lorsque l’on visite la Fonderie Darling, nichée au cœur du Faubourg des Récollets, dans le « Quartier Éphémère ».  Par sa mission, cet endroit étonnant oblige à sortir de soi et des sentiers battus, pour entrer de tout son long dans l’Autre, dans ses différences et complexités.

La Fonderie Darling est presque une entité en soi et rassemble des artistes de partout : c’est un espace de création vivant, qui respire, qui porte aussi à la réflexion et à la recherche.  En route vers la découverte, pénétrer l’intérieur de ce bâtiment est une expérience en soi.  C’est la lumière qui touche tout d’abord, ensuite le silence, puis la diversité des formes visuelles de l’art contemporain.  En effet, la Fonderie Darling « parle » au travers de chacune de ses œuvres, comme si l’artiste était en train de lui souffler ses mots dans une tentative d’atteindre la réalité d’une époque urbaine.  En ce sens, la Fonderie Darling visite et revisite nos lieux de mémoire, et s’intéresse tout particulièrement aux projets exploratoires, lesquels sont parfois à haute teneur technologique ou à facteur de risque important. 

La sensation et la réflexion suscitées par le lieu ou par les objets, indépendamment de leur provenance culturelle, nous amènent à créer des parallèles avec d’autres sociétés, d’autres artistes et d’autres réalités urbaines.  En effet, choisir l’art contemporain, c’est s’ouvrir à un autre regard, à une autre temporalité.  De toute évidence, les artistes cherchent à rassembler le public autour de préoccupations communes, tel le patrimoine, la mémoire, l’architecture.  Certains n’hésitent pas à faire « jaser leurs mondes », dans lesquels, pour notre plus grand bonheur, des existences croisées coexistent. 

L’humain est fondamentalement individualiste.  Il le demeure parfois toute sa vie.  Certains le sont tellement qu’ils en deviennent renfrognés, quasi muets.  Les artistes de la Fonderie Darling partent à la recherche de signes pouvant traduire fidèlement cet état de fait, mais dans une vision unique, avant-gardiste.  Ainsi, sur 3500 mètres carrés, et dans un souci de précision photographique, on réalise que l’individualisme possède également ses contradictions. 

Ainsi, je ne peux m’empêcher, suite à la visite de la Fonderie Darling, de porter moi aussi, le même regard « photographique » sur ma ville, mes lieux de mémoire et ma société.  En effet, les artistes, pour la plupart en résidence, font corps avec la ville, emboîtent le pas des passants, s’arrêtent devant les parcs, les grands magasins, dans les stations de métro, les pharmacies, les salons de thé.  Parfois, je suis choquée, voire outrée, mais ce n’est pas l’artiste qui parle, ce sont ses œuvres, lesquelles évoluent dans des lieux, des hasards et des rendez-vous.  D’ailleurs, ce sont souvent des œuvres simples, lesquelles ne se doutent pas, un seul instant, qu’elles possèdent une partie de l’histoire de la ville entre leurs formes.  \

Aussi, démontrer l’apport économique indéniable de la culture est dans ce cas-ci un stimulant qui vaut le détour.  Je recommande tout particulièrement la visite de ce lieu à Stephen Harper.  En effet, sa programmation internationale, ses résidences d’artistes étrangers à Montréal et canadiens en France, permettent au « Quartier Éphémère » de susciter des échanges enrichissants entre les artistes en arts visuels et leurs publics, dans un bouillonnant partage d’idées et de dialogue. J’aime à imaginer les artistes se promenant en long et en large dans la ville, scrutant la montréalité au travers des lieux et des gens qui croisent leur route et qu’ils ne reverront probablement jamais.  D’autres fois, ils peuvent être touchés personnellement, en retrouvant des gestes universels, comme le baiser des amoureux, ou même, qui sait, un visage familier, dans une femme attendant au supermarché, par exemple.   C’est donc au dehors que les artistes de la Fonderie Darling déposent leurs existences passées, lucidement, sachant bien qu’eux-mêmes se trouvent au cœur de la foule, dans les rues de la ville, porteurs de la vie des autres. 

Bref, j’invite tout le monde à visiter cet espace de création exceptionnel, ce lieu d’innovation, avec ses deux salles de diffusion, sa galerie, son café au rez-de-chaussée (lequel accueille 500 clients par semaine), ses résidences, ses ateliers de production, le tout formant un dynamique assemblage d’art visuel, dont le rayonnement au Québec, au Canada et partout dans le monde témoigne de son formidable apport de vie.

Fonderie Darling

745 rue Ottawa

Montréal

tél: 514-392-1554

www.fonderiedarling.org