Gérald Larose: militance antisioniste. Partie 3 de 4

Par Pierre Brassard le 12 mars 2012

Mise en contexte générale

La résolution 3370 de l'ONU -associant le sionisme à une forme de racisme- était adoptée le 10 novembre 1975 et abrogée ensuite en 1991. Cette résolution aété une immense déception pour les partisans du « monde libre ». Mais elle a été très satisfaisante pour les esprits totalitaires à la nuque raide. N’oublions pas l’investissement à cette époque de toutes sortes de groupuscules marxistes-léninistes (trotskistes, maoïstes) qui s'imposaient dans bien des facultés affaiblies (y compris chez les catholiques). Rappelons-nous aussique cette résolution onusienne « antisioniste »aété un vecteur très important pour qui voulait se (re)faire une virginité intellectuelle sans l’empreinte infamante de l’antisémitisme.C’est dans ce contexte bien précis que les écrits de Larose se situent sur l’échiquier national et international.

Pour bien comprendre cette militance « antisioniste », reportons-nous à un discours fleuve du Symposium international sur le sionisme et le racisme tenu à Tripoli en Lybieen juillet 1976 par le président de l'Association du Barreau lybien, Adbullah Sharafuddin, qui affirmait des propos tout à fait délirants:

« Notre monde est maintenant confronté à l'émergence d'un nouveau type de nazisme dont les adeptes clament que leur doctrine remonte loin dans l'Histoire. La vérité est qu'ils se sont écartés des lois d'Abraham et de Moïse au point d'adhérer à la doctrine diabolique qui se résume à "Je suis mieux que les autres; je suis né du feu et eux de l'argile". Le Sionisme, avec ses principes ethniques, racistes, inhumains, avec ses projets diaboliques qui engendrent le chaos dans le monde entier, avec ses plans dangereux de domination, (...) et avec ses ramifications qui jouent un rôle presque décisif dans la direction de la politique des plus grands pays du monde, ne peut être considéré comme une menace pour cette région seulement, mais pour le monde entier (...). » 

Cette satanisation nuance du sionisme ont eu un certain succès.Il suffitde rappelerles visites en Lybiede l'ex-leader syndical de la Centrale de l’Enseignement du Québec Yvon Charbonneau qui avait très bien intériorisé la propagande « antisioniste », laquellepuisait sa sourceautant en Union Soviétique quedans le monde arabe. On voit ici l’ancien dirigeant de la CEQ travestir sournoisement et cyniquement la noble lutte antiraciste sous le mode d’une lutte « antisioniste » :

« Il est une forme d’injustice et de violence complètement inacceptable et que nous ne devrions pas cesser de combattre dans toutes ses manifestations et ramifications : il s’agit du racisme sous toutes ses formes (sionisme, apartheid, discrimination dans l’emploi, ségrégation, etc.), qui sert un peu partout à travers le monde d’intermédiaire à travers divers projets impérialistes. À l’invitation du Barreau libyen, il m’a été donné de participer le mois dernier à un imposant séminaire sur le racisme et le sionisme, et j’en ai retiré la conviction d’un immense travail de justice à réaliser. (…) Comme travailleurs de l’enseignement, nous avons déjà appuyé de nombreuses luttes anti-racistes et nous supportons la résistance palestinienne contre le sionisme et l’impérialisme » (Ripostons dans l’unité, Discours du Président, 25e Congrès de la CEQ, 1976).

Une décision« antisioniste » du congrès syndicalde la CEQ en 1976ira dans le même sens et fermeratoute reconnaissance de l’État hébreu à côté d’un État palestinien. La CEQ manifestera, là aussi, un profondaveuglement qui laissera encore des traces jusqu’à aujourd’hui. 

« Que le Congrès mandate la Centrale aux fins de participer à la lutte pour l’élimination de la discrimination raciale sous toutes ses formes (sionisme, apartheid, ségrégation et discrimination), en conformité avec les résolutions adoptées en ce sens par l’ONU » (Décisions du 25e CONGRÈS de la CEQ tenu à Québec du 23 au 27 août 1976). 

Il faudra aussi écrire un jour sur le personnage Charbonneau. Cet homme qui a été un ami et un camarade de combat de Larose a été promu il y a quelques années dans les hautes sphères politiques(dont un poste à Parispour l’UNESCO) sans renier d’un iotason antisionisme absolu.Il est manifeste que l’ex-chef de la CEQatrès bien joué ses cartes et mis discrètement dans sa poche cette position extrêmequi pouvait bien lui servir à d’autres moments. Ila saisi l’opportunité d’un postehautement prestigieux.

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Sionisme et antisionisme

Encore tout récemment, Gérald Larose écrivait un texte imprudent et exalté intitulé Israël: du 1000pour un. Ce texte est embarrassant. On peut le qualifier certainement « d’antisioniste » dans la mesure où il nie explicitement au peuple juif le droit à un État à côté d’un État palestinien. Voici ce qu’il déclare : « Quand, suivant qu'elles nous interpellent ou interpellent les autres, on accorde une valeur différente à la vie, à la liberté, à la démocratie et aux règles internationales qui régissent la paix dans le monde, on milite sérieusement pour ne plus être considéré comme une partie de la solution mais finalement comme la totalité du problème. Après plus de 40 ans d'occupation, il faut bien reconnaître que cette impression s'incruste de plus en plus comme une certitude » (Gérald Larose, Israël : du 1000 pour un, Branchez-vous.com , 12 juillet 2010). 

Pour mieux cerner l’antisionisme absolu, ne faudrait-il pas d’abord commencer par définir son contraire, le sionisme ? Qu’est-ce que le sionisme dans l’histoire du peuple juif ? Comment définir le sionisme ? L’auteur et documentariste français Jacques Tarneroen donnait une bonne et large définition dans un ouvrage collectif publié il y a quelques années:

« Politiquement, c’est le mouvement d’émancipation nationale du peuple juif. Historiquement, c’est le mouvement né en Europe au XIXième siècle, constitutif de l’État d’Israël. Idéologiquement, c’est le mouvement de pensée (religieux, athée, nationaliste ou ouvriériste) qui veut rassembler les Juifs dispersés dans leur patrie historique » 

L’antisionisme absolu tel qu’il apparaît depuis plusieurs années est un refus brutal. Un refus sans concession à l’émergence d’un État pour le peuple juif au Moyen-Orient. Répliquons ici aux sophistes.L’antisionisme absolu n’est pas une simple critique d’une décision de tel gouvernement israélien (de gauche comme de droite). La critique de toute décision du gouvernement israélien estparfaitement légitime. Mais la démesure déraisonnable de l’antisionisme absolu est sans contredit une arme idéologique qui vise expressément l’anéantissement et la destructionde l’État hébreu que ses ennemis nourrissent dans certaines officines de propagande palestinienne et arabe. Ne soyons pas dupe de cet esprit sectaire qui arrive parfois hypocritement jusqu’à nous sous le langage doucereux d’une fausse résonnance perçue comme « progressiste » ou« antiraciste ». Le travestissement du langage estune arme dangereuse qui existe, ne l’oublions pas.

Encore aujourd’hui, nous observons au Québec cette obsession « antisioniste » dans certaines organisations syndicales. L’actuel président du syndicat CSQ (l’ex-CEQ) Réjean Parent maintient toujours cette grotesque position « antisioniste» à son agenda syndical. Cette position estperçue comme « anti-impérialiste ». Ce qui règne décidément à cette Centrale syndicale n’augure rien de bon pour ceux quiveulent tendre la main et favoriser un rapprochement dans le conflit israélo-palestinien.S’exprimant lui-mêmesur cette « lutte antisioniste », ne disait-il pas encore récemment qu’il ne veut surtout pas se laisser « endormir par un certain courant sioniste » ? 

M. Parent et M. Larose ne savent pas ou ne veulent pas comprendre que lutter pour un État palestinien démocratique sous les décombres de l’État hébreu est une parole qui alimente la pensée génocidaire que le Hamas, le Hezbollah et l’Iran nous servent depuis plusieurs années.Rappelons ceci: l’antisionisme absolu est une arme de guerre et elle nous conduit tristement à cette conséquence.

 

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