Dévoilée

Par Dan Delmar le 16 octobre 2008

Le Métropolitain s’est entretenu récemment avec une candidate néo-démocrate des plus controversées, Samira Laouni. La musulmane pratiquante s’est vu répondre à nos questions concernant ses croyances religieuses, sa vision pour la circonscription de Bourassa (où elle s’est classée quatrième Mardi) et ses impressions sur la politique internationale.

Laouni, 47 ans, est d’origine marocaine et a complété des études en économie à la Sorbonne. Mère de trois enfants, elle s’auto-déclare féministe, porte le foulard islamique traditionnel et a récemment fait les couvertures à la suite de sa présence à l’émission de Benoît Dutrizac lors de laquelle elle a affirmé ne jamais avoir été en présence d’un islamiste. Elle a mené une délégation de femmes musulmanes à Hérouxville dans l’optique de promouvoir la tolérance et le rapprochement en ce moment de grande tension que fut l’émergence du débat sur les accommodements raisonnables. 

Dan Delmar: Pourquoi avoir choisi le Nouveau Parti Démocratique?

Samira Laouni: Parce que c’est un parti social-démocrate progressiste. C’est le seul parti qui promet l’équité sociale et l’égalité entre toutes les communautés, toutes les ethnies, toutes les religions.

DD: Que souhaitez-vous changer dans Bourassa?

SL: Il y a trois choses. D’abord, il faudrait amener les jeunes à avoir un petit plus de participation citoyenne. Pour les aînés, bien sur leur fournir plus d’appui parce que là aussi il y a un manque énorme. Et, en ce qui concerne les femmes, on sait que les plus hauts taux de familles monoparentales sont concentrés ici à Montréal-Nord. Donc, leur donner une plus grande facilité d’accès aux garderies. Une femme monoparentale avec des bébés ne peut pas aller chercher du travail actuellement.

DD: Avez-vous été victime de racisme lorsque vous avez fait du porte-à-porte?

SL: Non, je n’ai pas eu de réactions racistes. Sur l’ensemble des portes auxquelles j’ai dû cogner, j’ai eu quatre personnes qui ont dit qu’ils ne voteraient pas pour une femme qui porte le foulard et sur les quatre personnes, j’ai pu en convaincre une de changer d’avis.

DD: Pourquoi portez-vous le voile?

SL: Le foulard, pas le voile.

DD: Je suis désolé, le foulard.

SL: C’est important de le mentionner parce que les gens imaginent un voile qui cache tout le visage. C’est mon éthique vestimentaire. C’est ma façon de respecter ma religion et c’est privé, à moi.

DD: Est-ce qu’une femme voilée peut être féministe?

SL: Tout à fait, et je le suis.

DD: Que pensez-vous qu’il se produira lorsque vous mourrez?

SL: C’est une croyance. Moi, je sais que j’ai un au-delà et que je vais répondre de mes actes.

DD: Que pensez-vous qu’il se produira quand je mourrai?

SL: Je ne sais pas. Je ne peux pas vous juger.

DD: Qu’y a-t-il de plus important à vos yeux : la foi ou la politique?

SL: Les deux sont très importantes. Avoir la foi, c’est croire sans voir. Pour moi, ces deux choses font un bon ménage ensemble parce qu’on fait de la politique pour aider, pour donner aux gens, pour améliorer la situation des citoyens et des citoyennes. En politique, on met des actions en place…mais on ne sait jamais vraiment quel en sera le résultat. Donc, là on y croit sans le voir…mais si on y met l’énergie nécessaire…on parvient à la réussite.

DD: Donc, vous ne faites pas de distinction entre vos croyances et vos politiques?

SL: Je sépare ma foi personnelle de ce que je fais politiquement. Je suis d’abord la citoyenne, en suite la politicienne et, en même temps, je suis la musulmane. Il y a des moments où il ne faut pas du tout penser à ça [la religion] et il y a d’autres moments où, de toutes manières, ça fait parti...

DD: Si vous parvenez à la Chambre des Communes, votre foi affectera-t-elle la manière dont vous voterez?

SL: Elle peut l’affecter dans le sens où je vais être très honnête avec moi-même. Ma foi, elle m’indique d’être très sincère et de ne jamais mentir aux gens, et de ne jamais faire de promesses que je ne tiendrai pas. Si c’est ça ne pas dissocier la foi de la politique, j’en suis très heureuse et je suis très fière de ça.

DD: Voteriez-vous pour un candidat néo-démocrate membre de l'Opus Dei?

SL: C'est vraiment problématique. Si l'individu travaille objectivement, personnellement, ça ne me dérange pas. Nous sommes dans un pays démocratique. On a l'égalité sociale. Il est insensé de dire "ça, je ne peux pas l'accepter et ça je peux l'accepter". L'important, pour moi, ce n'est pas la vie privée. Ce que je dois savoir, c'est ce que vous êtes. L'important, ce sont les projets collectifs que nous sommes en train de réaliser.

DD: Est-ce que le Canada devrait se retirer immédiatement d’Afghanistan?

SL: Oui. Le Canada était le leader dans tout qui était diplomatique…un leader mondial pour la démocratie, la paix. Donc, là on se lance dans la guerre. On tue des enfants, des femmes, des hommes…des fois, on dit que c’est des dommages collatéraux, mais on ne voit pas ce qu’on est en train de faire comme destruction humaine. Avant de balayer chez les autres, il faut balayer chez soi.

DD: Croyez-vous au droit à l’avortement?

SL: Oui. Pour moi, et c’est ce que je revendique le plus, ça répond du libre choix. Je ne peux pas être incohérente avec moi-même…c’est ma première revendication en tant que féministe. Le libre choix est quelque chose de primordial et ça ne se négocie pas.

DD: Êtes-vous pour le mariage entre même sexes et pour les droits égaux des homosexuels?

SL: Ce problème là…ce sujet là, il existe au Canada. Ça a été voté à la Chambre des Communes à la majorité et ça fait partie de nos lois. Je suis régie par les lois…Par ailleurs, je ne vais pas la promouvoir, personnellement. Ceci dit, je n’ai rien contre.

DD: Alors, s’il y avait un autre vote à ce sujet au Parlement, vous voteriez contre?

SL: Non. C’est le libre choix.

DD: Croyez-vous que l’État d’Israël a sa raison d’être?

SL: Israël existe déjà. Je ne vois pas pourquoi Israël n’existerait pas. J’espère qu’elle restera tout en reconnaissant le droit des Palestiniens d’exister et à rester aussi. Ce que je veux, c’est que la paix règne dans cette partie là du monde.

DD: Votre ancien collègue, président du Conseil islamique du Canada, Mohamed Elmasry, avait déclaré que chaque adulte juif d’Israël était la cible légitime d’un meurtre. Partagez-vous son opinion?

SL: Dr. Elmasry est toujours là apparemment, donc il faudrait revoir avec lui ce qu’il a dit. Non, moi, je déplore la violence, de quelque nature qu’elle soit.

DD: Croyez-vous que le Hezbollah est une organisation terroriste?

SL: Je pense qu’il y a des organismes gouvernementaux, des responsables qui sont là, comme la GRC par exemple, pour statuer qui doit être sur la liste et qui ne doit pas l’être. Non, ce n’est pas à moi de juger. Je n’ai aucune opinion à ce sujet. Il n’est pas de mes capacités, de mes habilités de juger.

DD: Croyez-vous que les musulmans canadiens devraient avoir le droit de régler leurs conflits à l’aide de la Sharia?

SL: C’était un problème qui a été soumis et je pense que là aussi il y a avait une mauvaise interprétation…ce que je réponds toujours c’est que la Sharia…ce qui était demandé, en fait, c’était des modérateurs pour les conflits conjugaux. Je penses que ça facilite l’accès, l’approche et le dialogue. Des modérateurs seraient une bonne chose. La vraie Sharia, elle n’existe pas actuellement. S'il y avait la Sharia du temps du Prophète, que la paix et le salut soit sur lui, là je vous dirais que le monde entier existerait en paix.  Comme elle n'existe plus, cette vraie Sharia, et que ce sont des hommes qui interprètent aujourd'hui à tort et à travers, je pense que tout est à revoir. Je lance un appel à toutes les femmes : réapproprions-nous les textes et réinterprétons-les avec un petit peu plus de sagesse que les hommes l'ont fait.

DD: Quelle est la différence entre un musulman et un islamiste?

SL: Toujours la meme question! C'est tannant cette question-là! Une bonne musulmane, c'est ce que je suis. Une bonne musulmane, c'est une femme intègre qui se soucie de ses proches, des siens et qui s'implique positivement dans une société qui veut bien lui donner la chance de s'impliquer.

DD: Et un islamiste, qu'est-ce que c'est exactement?

SL: Comme j'ai répondu à un autre journaliste, je n'en connais pas et j'en ai jamais eu dans mon entourage, alors je ne peux pas définir cette femme-là. Je n'en ai connais pas.

Avec la collaboration de Lara Limoges.

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