Pour en finir avec l’âge de la déraison

Par David Simard le 18 septembre 2008

Voici donc qu’on découvre que la candidate conservatrice dans Saint-Bruno/Saint-Hubert, Nicole Char- bonneau-Barron, est membre d’un groupe sectaire catholique et profondément réactionnaire, l’Opus Dei. Bien sûr, c’est son droit le plus strict, tout comme la candidate du NPD dans Bourassa, Samira Laouni, a le droit elle aussi de porter ce symbole éloquent d’intégrisme et de soumission des femmes qu’est le voile islamique tout en se présentant pour un parti qui se prétend  « progressiste ». Par-delà la nécessaire critique de la présence du dogmatisme religieux sur la scène politique, nous pouvons en profiter pour aborder le cœur du problème : la religion, comme toute orthodoxie, implique la renonciation à l’esprit critique, ce ferment de l’individualité. Les degrés de cette renonciation peuvent certes varier selon les sectes et aussi d’un individu à un autre, mais elle n’en est pas moins au fondement de la croyance religieuse.

L’adhérent à quelque croyance religieuse que ce soit dit : « Il faut avoir la foi », ce qui se traduit par :    « Croyez sans demander de preuve », donc croyez aveuglément ce qu’on vous dit de croire. De fait, malgré les progrès des connaissances et des sciences, le mysticisme, la superstition et la déraison gouvernent encore un très vaste nombre d’esprits humains. Aussi, lorsque faiblit l’influence des religions établies, ce sont souvent les sectes, ou parfois le dogmatisme idéologique, qui pren-nent la relève.

La vie humaine nécessite de cultiver la pensée critique et la raison, celle-ci étant l’une des facultés qui distinguent le mieux notre espèce. Mais on est bien loin du compte : pour le mesurer, on n’a qu’à songer au fait que l’un des deux partis politiques majeurs des États-Unis sombre dans l’obscurantisme religieux le plus délirant, comme l’incarne si bien la candidate républicaine à la vice-présidence, Sarah Palin. Ici au Canada, on connaît bien l’influence de l’aile réactionnaire et fondamentaliste chrétienne du parti conservateur fédéral, influence qui est assez importante pour nous faire craindre les conséquences de l’obtention d’un mandat majoritaire par le gouvernement de Stephen Harper.

Plusieurs des problèmes les       plus cruciaux de notre civilisation émanent de l’influence des croyances surnaturelles et irration-nelles qui, il est vrai, se manifeste de multiples manières. Pourtant, nous pouvons creuser pendant des années dans les livres spirituels et soi-disant « sacrés » en essayant d’y trouver ce qui pourrait s’avérer comme une révélation solidement établie sur des faits, voire comme une compréhension de l’univers qui soit fondée sur le réel. Mais ces volumes ne sont remplis que de fables fantaisistes, de paraboles au langage incompréhensible, de maximes formidablement inco-hérentes les unes par rapport         aux autres.

Pourquoi l’être humain a-t-il encore tendance à croire aux fables forgées par d’habiles mystiques et prophètes tout aussi autoproclamés les uns que les autres ? Compte tenu du fait qu’il est avéré que les croyances surnaturelles et la déraison religieuse remontent à longtemps avant l’âge de la raison, cette question laisse perplexe, et elle n’a pas fini de le faire, car au lieu de vivre en toute liberté en développant ses facultés qui découlent de sa capacité à raisonner, il semble plus séduisant à plusieurs de sombrer dans le syndrome du mouton qui a besoin d’un berger pour lui dire comment il doit penser et vivre. Au lieu de conduire leur propre vie en développant toutes les richesses de leur individualité propre, ces gens préfèrent donc se laisser conduire. Comme des moutons. Et les moutons, vous savez ce qu’on en fait : on les tond.

Je vous laisse sur ces mots du très regretté Carl Sagan qui, il me semble, donnent beaucoup à réfléchir et qui, aussi, nous appelle pas mal mieux que les superstitions de toute sorte à développer l’art de vivre cette seule vie qui nous est dévolue à chacun : « Pour moi, il vaut beaucoup mieux aborder l’univers tel qu’il est réellement, plutôt que de se laisser abuser         par des illusions, aussi satisfaisantes et rassurantes celles-ci puissent-   elles paraître. »

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