Je suis Canadien-Québécois !

Par Michel-Wilbrod Bujold le 7 août 2008

Je n'ai jamais éprouvé de malaise identitaire.  Mais je jongle depuis longtemps avec la nature complexe de mon identité.  Mes ancêtres viennent de France. Une fois parvenus ici, ils ont voulu former une société distincte : ils étaient fiers de s'appeler les Canadiens.  Je suis toujours canadien.  Après l'arrivée des Anglais, deuxième peuple colonisateur et fondateur de ce pays, et comptant pour la troisième nation, les miens se sont au fil du temps définis ou ont été définis comme Canadiens-Français.

C'est à partir d'ici qu'il y a de quoi jongler.  Mis à part son étymologie autochtone, le terme Canadien n'est-il pas déjà en français ?  N'y a-t-il pas là répétition inutile? Canadiens-Français par rapport aux Canadiens-Anglais ?  Qui a jamais entendu parler des English-Canadians ?  Qui a jamais parlé à des English-Canadians, lesquels ne se sont peut-être jamais nommés comme tels ?

En tout cas, de notre côté, est apparu le nom de Québécois.  Peut-être une traduction de Quebecers... Mettons, plus sérieusement, par besoin de clarté référentielle : il y a les Canadiens du Québec, les Québécois, et il y a the Canadians from Quebec, the Quebecers.  Une sorte de quiet evolution... Bien sûr, en tant qu'habitant d'origine canadienne, je peux aussi me dire uniquement Québécois, étant bien entendu que le Québec est à l'intérieur du Canada, tout comme le Canada est à l'intérieur du Québec. Tout comme je peux encore me direr tout simplement Canadien.  Mais je préfère Canadien-Québécois.  Une sorte d'appellation contrôlée, une marque distinctive.  Bref, un Canadien de couleur nationale québécoise...

J'aime cette double identité qui, à proprement parler, est unique, comme j'aime dialoguer avec mes concitoyens canadiens du Québec et ceux de partout à travers le Canada.  Je peux alors m'exprimer dans ma langue canadienne-québécoise et écouter mes compatriotes s'exprimer dans l'autre version de notre langue canadienne.  C'est dire que je ne parle jamais en canadian avec un Canadian du Québec ou d'ailleurs au pays.  En somme, j'aime notre langue canadienne bilingue.  De fait, jamais je n'accepte aussi de converser avec un Canadian qui s'exprime en canadien ou en français de France... Suis-je une sorte de puriste ou de puritain ?  Peut-être bien.  Mais je continue de croire quand même en mon bilinguisme que certains pourraient caractériser d'à sens unique et que je perçois comme un bilinguisme de sens, unique, un bilinguisme complémentaire.  Un bilinguisme d'avenir pour mon pays.

Malgré cette certitude, je l'avoue, j'ai des craintes.  Quand j'entends un concitoyen Canadian me parler en canadien, j'ai l'impression de perdre de vue la source originale de notre double identité nationale.  Cela me fait un peu Harpeur... Si je peux me permettre, cette fois, de m'exprimer en full canadien...

Vous voyez bien, depuis les premières lignes de ce texte, que je tiens à me situer au niveau des réalités identitaires anglo... je veux dire englobantes.  Comme le fait que nous, Canadiens-Canadians, nous sommes tous des Américains du Nord.  Ce qui nous distingue, et en même temps, nous apparente aux autres Nord-Américains qui ont choisi de s'appeler Americans.  Nous, Américains et Americans du Nord, nous n'oublions pas que nous avons du sang de la première nation ou des premières nations, comme ils le préfèrent, qui coule dans nos veines.  Ce qui fait de nous des blancs Amérindiens d'Amérique.  Comme l'un d'entre nous a pu l'écrire, dans un sens apparemmment plus restrictif, que nous étions des Nègres blancs d'Amérique.  Alors qu'aujourd'hui, dans un sens plus large, et pour tout dire, inclusif, nous pourrions nous affirmer aussi comme des Blancs-nègres d'Amérique...

Ou, tout simplement, en tant que Canadiens-Québécois, comme des AmériQuébécois, pour prendre un terme métissé serré...

Soit dit en passant, je suis également d'origine acadienne de Gaspésie.  Ce qui fait demoi un ACAnaDIEN-Gaspésien...

Enfin, qu'il soit bien compris que, bien que né à Montréal, je ne fais pas partie des Canadiens de Montréal, lesquels n'ont jamais existé et existent de moins en moins... Vous aurez compris, chers compatriotes hockeyphiles, qu'il s'agit plutôt des Montreal Canadians de la National Hockey League, eux qui fêteront leur centième anniversaire dans l'année qui vient.  Quant à moi, je dirais plutôt qu'il s'agit de leur Xe anniversaire, si on tient compte de la retraite de Maurice Richard en 1960, ou de leur Xe anniveraire si on prend note du départ de Guy Lafleur en 1980, notre dernier Flying Frenchmen à jouer tête nue.  La disparition de Flower marquant la fin de ce club légendaire qui survit artificiellement...

Mais peu importe la vision historique de chacun.  Nul doute que notre mielleux Stephen, Captain CanadUSA, ne manquera pas de s'associer à un tel coup de marketing privé-public.  Et j'aurais une petite suggestion à lui faire pour une si grande occasion : faire de nouveau généreusement appel à notre générosité, via notre Ministère de la DéPense nationale et à ses opérations d'invasion fiscale, pour faire construire un amphithéâtre de glace à Kandahar.  Ce qui permettrait à nos jeunes gladiateurs d'affronter à armes égales les Talibans dans une nouvele Série du Siècle, celle du Nouveau Millénaire.  Au moment où les Russes sont en voie d'organiser une Ligue qui fera bientôt concurrence au monopole de la NHL, les Talibans seraient sûrement intéressés, training intensif aidant, à battre de nouveau les Russes et les forces de la présumée Coalition sur leur propre terrain glissant...  Belle célération en vue, et autant de vies sauvées du pays des sables bitumineux à celui des sables bituminés.  Une confrontation historique au chant de l'hymne international de :          

Guantanamo-o, O He's a Guantanamo-o, Guantanamo-o, O He's a Guantanamo-ooooo...

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