L’affare n’est pas tout à fait hockey

Par Michel-Wilbrod Bujold le 26 juin 2008

 

La Ministre Courchesne perd son temps et gaspille nos argents avec sa croisade qui vise à interdire «les bagarres» au hockey junior. Si, au moins, elle avait l’ambition de régler, à ce niveau, le problème de « la violence au hockey »…

Quant à ces dites bagarres, un problème de gangs… d’arénas, elles ne constituent pas le premier degré des violences au hockey. Ces combats sont généralement des commandes qui viennent de ces entraîneurs qui veulent «changer l’allure d’un match». Avant d’être une expression spontanée de frustration, elles font partie d’une tactique d’intimidation à l’égard d’un joueur en particulier et/ou elles constituent une manière de tricher sur l’issue d’un match en provoquant un arrêt de jeu stratégique.

De sorte que si on abolissait ces bagarres, il faudrait règlementer et surtout interdire d’autres formes de tricherie beaucoup plus violentes à l’égard du joueur et du jeu lui-même. Il est en effet permis – et puni de causer des collisions volontaires masquées sous les termes de «solides mises en échec dans le feu de l’action». On accepte ces ruées au corps le long des bandes qui passent pour des «mises en échec légales» et qui amènent les joueurs agressifs à «compléter» ces dites mises en échec. Bref, des charges au corps qui provoquent de nombreuses fractures et commotions cérébrales, allant jusqu’à estropier des joueurs et causer la mort de certains.

Il y a un sérieux problème au hockey organisé depuis ses débuts en…1875. On n’a jamais pu et voulu régler et règlementer la question des contacts physiques dans un jeu de maniement de bâtons et rondelle qui se voulait nouveau. Pour limiter la violence de ces contacts physiques et gérer cette tolérance à toutes les violences, on n’a pas trouvé mieux que d’inventer les punitions de banc qui permettent aux joueurs, qui n’acceptent pas de se faire surclasser sur un jeu, de se faire oublier pour quelques minutes ou quelques matches… Au hockey, un joueur, momentanément surclassé ou généralement moins talentueux, peut toujours tricher pour ne pas perdre la face ou sa place.

Si ce système de tricherie est maintenu, c’est que «la violence au hockey» est présentée comme un problème insoluble, comme «faisant partie du jeu».  Et c’est vrai dans le sens où l’agressivité doit constamment intervenir pour contrer le talent. Les tricheries de violence sont si présentes dans ce jeu-de-guerre qu’on peut dire qu’on joue peu du (bâtons-rondelle) de hockey au …hockey : on frappe plus souvent sur la rondelle (ça va finir par rentrer) ou le joueur (rentre-le dans la bande !) qu’on ne joue avec la rondelle ; on se débarrasse davantage de la rondelle qu’on ne la contrôle ; on bouscule plus qu’on n’esquive ; on a tendance à retenir et à se retenir au lieu de s’abandonner au jeu ; on prend moins de risques alors qu’on devrait multiplier les feintes. L’affaire n’est pas tout à fait hockey au (jeu de maniement de bâtons de) hockey!

Il y a tricherie et violence dans un jeu quand on veut gagner à tout prix ou par tous les moyens. Mais gagner par tous les moyens peut être au prix même de la victoire. Gagner peut être une manière de perdre…

Le hockey comme jeu n’a pas à s’enfermer dans une bipolarité obsessionnelle victoire-défaite liée au seul pointage. Au jeu, on ne peut pas perdre, à moins de tricher.

Enfin, on n’a pas à interdire les bagarres au hockey puisque aucun joueur n’est obligé de se battre ! Prenez l’exemple de ce gardien de buts qui en a agressé un autre au hockey junior cette année. En refusant de jeter les gants, le joueur invité à se battre a fait paraître l’autre pour ce qu’il était. D’accord pour les combats à coups de poings au hockey-spectacle. Mais aucun joueur n’est forcé de laisser tomber les gants… Les pugilats disparaîtront d’eux-mêmes quand le joueur invité acceptera le combat tout en gardant ses gants de hockey, laissant paraître l’autre, avec ses poings nus, comme un bum de rue ou un boxeur égaré sur une patinoire…

Donc, que la ministre en prenne bonne note et cesse immédiatement toute cette politique de shadow boxing qui veut sauver la face de la véritable violence au hockey. 

 

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