Le complexe d’Icare de Sébastian Maltais

Par P.A. Sévigny le 29 mai 2008

L'arrogance précède la ruine, et l'orgueil précède la chute.

- Le livre des Proverbes

 

Dans un monde où la communication visuelle se trouve souvent réduite à guère plus qu’un  gribouillage bidimensionnel  non loin du plus commun graffiti de banlieue, certains pourraient considérer la plus récente exposition de Sébastian Maltais comme le début d’une ère nouvelle pour la communauté d’arts visuels montréalaise. En effet, contrairement à ceux qui croient que cet art se limite  au cri primal, les nouvelles œuvres de Maltais réussissent à circonscrire  un des principaux mythes de la civilisation occidentale en une série d’images épiques  dont chacune transcende  l’ambition et l’orgueil œdipiens qui ont inspiré le meilleur et le pire, durant la majeure partie de l’histoire de l’Occident.

Dans le contexte narratif de l’exposition, Maltais utilise l’encaustique (cire chaude) comme matrice dans  laquelle la  texture et la profondeur de chaque tableau est mis en parallèle  aux  références historiques complexes et tragiques cachées derrière chaque image emblématique. Dans le milieu des arts visuels, peintre à l’encaustique est considéré comme l’une des techniques les plus ardues à maîtriser tout en étant également l’une des plus expressive. Dans les œuvres de  Maltais, les couches de cire créent une profondeur et une surface tridimensionnelle permettant de maintes possibilités multimédia, comme l’intégration de matériaux divers au travers des couches successives du medium.

« Lorsque je peint à l’encaustique » explique Maltais, « c’est un combat que je livre avec chaque œuvre. »

Au premier abord, « Cicatrice » (Sur des terres brûlées), une des pièces maîtresses de l’exposition, semble inspirée d’une carte postale illustrant une gare de triage typique de province quelque part en Europe. Toutefois, camouflée sous de multiples couches de cire, on distingue la photo d’un garçon au regard hanté—un regard qui nous renvoie à la mémoire collective de ces images de millier de wagons cliquetant sur les rails en direction des camps de la mort de Hitler. Une inspection plus approfondie de l’œuvre révèle qu’une multitude d’images dont une photo de Kafka et autres documents ont été insérées à un moment ou à un autre sous la surface narrative de l’œuvre. En fait, la « cicatrice » suggérée dans le tableau de Maltais se révèle encore plus présente dans notre psyché collective que dans l’œuvre elle-même.

 Somme toute, l’ambition demeure le thème central de cette exposition. La profondeur des teintes de terre et d’ocre utilisées par l’artiste fait référence à des récits faisant  partie d’une histoire plus grande encore, une histoire aussi ancienne que le temps. Tout comme Icare plongeant vers la mort pour avoir volé trop près du soleil, les œuvres de Sébastian Maltais rappellent que certaines ambitions peuvent  nous sublimer autant que nous détruire. En regardant la toile mettant en scène la baron Manfred Von Richthofen avec son chien, on ne peut que se référer au jour où, comme Icare, il volera trop haut et provoquera sa propre perte. Un autre portrait iconique, celui de Charles Lindbergh, un homme représentant tout ce que les américains ont cru bon et magnifique au sujet de leur nation. Cependant, cette image est éclipsée par une autre, celle de l’enfant de Lindbergh avant qu'il soit enlevé et assassiné.

Dans une autre scène, l’artiste immortalise un moment précis d’une partie de football historique qui pourrait aussi bien se nommer Stalingrad, Agincourt, La Somme ou Verdun. Ce joueur offensif tentant de se frayer un chemin entre deux mastodontes défensifs évoque une métaphore de la guerre à travers     les âges. Fortement évocatrice, cette toile, comme l’admet Maltais, provient d’un héritage de la   peinture  allemande dont, entre autres, l’œuvre d’Anselm Kiefer. Certains visiteurs remarqueront également des fragments de bandes dessinées d’Hergé intégrés sous les nombreuses couches de cire de  plusieurs des œuvres présentées à la Galerie Dominique Bouffard.

 En fait, » confie Maltais, « Rembrandt et Hergé  demeurent mes principales influences. »

À titre de jeune propriétaire et directrice de sa propre galerie, Dominique Bouffard s’est rapidement construit une réputation  en découvrant de jeunes talents montréalais. Si elle persiste à présenter des expositions de qualité comme celle-ci, sa galerie sera bientôt  l’épicentre d’une communauté artistique florissante. Quant à Maltais, si ses œuvres sont représentatives du travail d’un jeune homme en début de carrière, Montréal pourra se targuer d'exposer des œuvres de qualité dans les  années à venir.

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