Les nonos cocasses

Par Pierre K. Malouf le 7 août 2008

Loco Locass a causé un certain émoi au dernier spectacle de la Saint-Jean en interprétant, devant un public en délire, Libérez-nous des libéraux, la toune qui constitue à ce jour son plus grand succès. Les patriotes avinés qui assistèrent à cette performance hurlèrent de joie, mais d’autres ressentirent un certain malaise.

La Fête nationale est censée être la fête de tous les Québécois (faites-moi rire !), y compris ceux qui, par intérêt, aveuglement ou manque d’intelligence, votent libéral. Un citoyen scandalisé s’est même fendu d’une lettre à La Presse intitulée Délivrez-nous de Loco Locass.

Je crois que ces réactions sont exagérées. Bien sûr, quiconque ne fait pas partie de la coterie nationaleuse a toute raison de se sentir insulté quand nos nonos cocasses hurlent dans les micros ces vers sublimes : « Prêt pas prêt, la charrue Charest, charcute en charpie la charpente / De la maison qu’on a mis 40 ans à bâtir [...] Patapouf étouffe la foule et légifère à tombeau ouvert [...] « À hauteur de gnome » (hauteur de braguette) /Sucer debout, c’est ça se tenir drette... [...] On est loin de « Maître chez Nous » / Maintenant comme jamais, y’a un traître chez nous ». Ouais ! On est loin de Gaston Miron ou de Roland Giguère...

Tout le monde a compris que le traître, c’est Jean Charest. L’accusation est odieuse et dégage un parfum franchement facho, mais croyez-vous que nos trois cocasses aient jamais convaincu qui que ce soit de ne pas voter libéral ? Pensez-vous que nos trois nonos aient persuadé ne fut-ce que la moitié d’un citoyen qu’il faut faire l’indépendance ? Allons donc ! Ces cocos-là sont du même acabit que Pierre Falardeau : il n’existe pas de meilleur repoussoir. Si Falardeau n’existait pas, il faudrait l’inventer, même chose pour nos trois cocasses, qu’il faut protéger contre toute forme de censure. Lançons une souscription ! Tant que Loco Locass existera, le Québec demeurera au sein du Canada.

Loco Locass est une assurance contre la séparation.

Un conseil : écoutez attentivement les autres tounes de l’ineffable trio, vous constaterez aussitôt que les trois nonos cultivent la sottise sur bien d’autres terrains que celui la politique partisane. Voici quelques échantillons :

Dans Résistance : « C’est l’Intifada d’la faconde qui fronde au Canada /Arrogant régent s’ingérant dans nos affaires / Vaguement totalitaire ». J’attire votre attention sur le mot « vaguement » Ils sont nuancés, les trois cocos.

Dans Antiaméricanisme primaire : « Et pis d’amis t’as pas parce que tu passes et te répands comme une épidémie / T’as pas d’bon sens,        le con / Tu penses comme une contagion / Tu mets des légions dans toutes les régions / Ça fait des lésions, des sécrétions d’matière première pour TA réplétion, des États en état de sujétion et d’indigence / Ou d’autres dans le sillon de Sion qui, malgré leur apparence d’indépendance, te doivent leur existence contre nature qui nourrit les frictions  ».

Les États-Unis répandent partout leurs légions, mais ils ont oublié d’envahir leur voisin immédiat... À propos d’Israël, le message est clair, c’est un État contre nature... que les trois cocasses voudraient apparemment voir disparaître.

Dans La censure pour l’échafaud : « Tandis qu’on dit à Normand Lester de s’taire / On se sert des délétères thèses d’Esther Delisle / Pis des délires de Mordecai Richler / Pour nous garder des dérives totalitaires / Nous n’osons même plus nous nommer nous-mêmes / Nous nous nions ».

L’art de parler d’Esther Delisle à travers son chapeau. Les trois nonos ne savent pas de quoi ils parlent. Ils n’ont jamais lu la moindre ligne de celle qu’ils vilipendent. Toujours dans La censure pour l’échafaud, l’ineptie suivante, qui suffit pour faire la preuve que nos trois rappeurs sont des incultes finis : « Pendant que l’Axe inondait le monde de bombes H / Sache / Que le père de mon père, etc. »

L’Axe, comme chacun sait, ce fut d’abord une alliance formée par l’Allemagne et l’Italie en 1936.      Les puissances de l’Axe, c’est l’ensemble formé par l’Allemagne, l’Italie et leurs alliés (principalement le Japon) pendant la Seconde Guerre mondiale. Les trois cocasses auraient dû se renseigner. La première bombe H à être testée était américaine. Elle a explosé sur l'atoll d’Eniwetok, dans les îles Marshall, le 1er novembre 1952. La guerre était alors finie depuis sept ans.

Si Loco Locass n’existait pas, la vie serait moins drôle.

Commentaires

Veuillez vous connecter pour poster des commentaires.


Editorial Staff

Beryl P. Wajsman

Redacteur en chef et Editeur

Alan Hustak

Senior Editor

Daniel Laprès

Redacteur-adjoint

Brigitte Garceau

Contributing Editor

Robert J. Galbraith

Photojournaliste

Roy Piberberg

Editorial Artwork

Mike Medeiros

Copy and Translation

Val Prudnikov

IT Director and Web Design

Editorial Contributors
La Patrie