La réaction arabe

Par Alain-Michel Ayache le 21 août 2008

Il y a quelques semaines, suite à l’accord conclut avec Israël par l'intermédiaire de la médiation allemande pour libérer les prisonniers libanais et palestiniens des prisons israéliennes en échange des corps des deux soldats israéliens, le Secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, déclarait publiquement devant des dizaines de milliers de partisans « chose promise, chose due! »

Aujourd'hui, deux ans après sa « victoire divine », Nasrallah, s’adresse aux Libanais – et aux Arabes – sur la chaîne de télévision satellitaire du Hezbollah, Al-Manar. Dans son discours à la nation arabe de près de 70 minutes, il souligne les réalisations de son parti et critique à la fois Israël et les États-Unis. Il dépeint la guerre de 2006 comme le début de la fin du mythe israélien.

En effet, Nasrallah évoque cette guerre de 2006 comme étant derrière le licenciement d'un certain nombre de dirigeants militaires en Israël, ainsi que derrière l'effondrement du populaire Premier ministre Ehud Olmert, qui a dit aux Israéliens – comme Nasrallah le rapporte – qu'il « est mort dans la guerre au Liban, mais a été enterré au bout de deux ans, en raison des scandales de corruption ».

Nasrallah a critiqué le point de vue israélien qui croit que la raison de défaite dans cette guerre, était due au manque d'expérience, en particulier au sein de l’équipe dirigeante aussi bien politique que militaire. Il rappelle ironiquement à ceux qui accusent l’actuelle Administration israélienne et la blâment de la défaite de juillet 2006 (en particulier Ehud Barak), la première « défaite d'Israël et son retrait du Liban en 2000 ».

 

Un changement important

dans le lexique états-unien

Par ailleurs, le Secrétaire général a souligné que les répercussions de cette guerre ainsi que la disparition de l'utilisation des termes « nouveau Moyen-Orient », qui a été annoncée par la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice, confirment que cette approche s'est effondrée et ses termes sont rendus obsolètes.

Il a en outre souligné que les pourparlers syro-israéliens en cours sont le résultat de ces conséquences, « car Israël a abandonné la politique de menaces et s’est tourné vers la politique de négociation ». De même, Nasrallah a évoqué « la confusion actuelle d'Israël vis-à-vis l’Iran, où « L’État hébreu est encore réticent à prendre des mesures concrètes s'il y a lieu d'attaquer l'Iran ou pas! »

 

La confirmation de son leadership

Ces déclarations soulignent la montée en puissance du Hezbollah depuis l’an 2000 à la suite de la triple « victoire » politique qu’il a marquées contre Israël, et qui sont le retrait  rapide du Liban en Mai 2000, la guerre de 2006 et  plus tard l’échange de prisonniers en 2008 qui poussent Israël à libérer un tueur d’enfant ainsi que des prisonniers de guerre du Hezbollah et d'autres prisonniers palestiniens.

Aujourd'hui, après la prise de Beyrouth de Mai 2008 par les combattants du Hezbollah et la formation d'un nouveau gouvernement libanais, où les ministres chiites et leurs alliés détiennent un droit de veto sur toutes les décisions du Cabinet, les voix qui osent s’élever pour demander l’élimination des armes du Hezbollah sont étouffées par la machine de guerre et de propagande de ce dernier. En effet, dans son discours télévisé, Nasrallah insiste sur le fait que les « armes de la résistance » sont sacrées et souligne que « les partis libanais ne doivent pas essayer de demander leur élimination, car cela serait jouer le jeu israélien, pour désarmer la résistance, alors que le territoire libanais reste encore occupé ».

Aujourd’hui, dans la langue du commun des mortels, cette « victoire » est unique. En effet, la rue arabe l’endosse quelle que soit la religion et les affinités politiques que cette rue détienne. D’ailleurs, la décision de démission du Premier Ministre israélien, Sayyed Hassan Nasrallah confirme encore une fois sa position de « leader » incontesté de la rue arabe et musulmane tous azimuts.

 

Une image plus solide que jamais

En effet, en s’affichant comme le parti qui a su mettre à genoux la plus puissante des armées de la région voire du monde, le Hezbollah a d’un seul coup remonté le moral de la rue arabe et lui a donné une cause nouvelle et un espoir de reprendre la revanche sur un Occident colonialiste et impérialiste; et par-dessus tout, de reprendre le combat contre l’Infidèle, le Croisé et plus tard le Mécréant qui avaient conquis la « Terre Sainte de l’Islam : Al-Quds » (Jérusalem). Mieux encore, la victoire politique sans contestation de la guerre de juillet 2006 a donné plus de poids à la stature du Secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah.

Ce dernier est devenu le porte-parole de la résistance islamique non seulement au Liban mais à travers le monde arabo-musulman où les peuples cherchent désespérément une figure historique qui leur rappelle les victoires passées de l’Islam et son apogée dans les siècles passés face à un Occident en perdition et dont la société n’a plus de valeurs au sens sociétal et familial du terme. Ainsi, Nasrallah devient l’exemple de la pureté de l’esprit musulman et de la lutte contre « l’Infidèle » et le « Sioniste ».

Les signes de faiblesse d’Olmert…

La décision d’Olmert de démissionner quelques jours seulement après avoir accepter de libérer les           prisonniers libanais et palestiniens dont Samir Al-Kantar, accusé par Israël d’avoir commis un massacre en plein territoire israélien, est le résultat direct d’une faiblesse sans contestation de cette politique « olmertienne ». Ce qui pousse la rue arabe encore vers une quasi-adoration de Nasrallah pour ajouter « victoire » après « victoire » contre l’État hébreu.

Or, à analyser de près la politique « olmertienne », l’on constate qu’elle est pour le moins dangereuse pour l’avenir même de l’État hébreu, aussi réaliste et « humanitaire » qu’elle ne paraisse aux yeux de l’actuel gouvernement israélien. En effet, avec la montée en puissance d’un Hezbollah plus que jamais fort d’un appui populaire, non seulement chiite, mais sunnite dans certains cas (à Gaza et certains pays arabes) et chrétien dans d’autres (au Liban), notamment après la dernière crise interlibanaise, rien ne garantit à Israël que les demandent et exigences du Hezbollah vont s’arrêter! 

De plus, l’insistance du Hezbollah sur la l’identité libanaise des fermes de Chebaa malgré qu’elles aient été conquises par Israël de l’armée syrienne, fait en sorte que ce dossier demeure comme une épée de Damoclès pour Israël. Sans oublier, bien entendu, l’armement sophistiqué du Hezbollah et sa présence au nord de la frontière israélienne malgré la présence de la FINUL censée interdire cela selon la résolution 1701 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. À cela s’ajoute un Iran plus fort que jamais et une politique américaine chancelante et en perdition dans la région, malgré une apparence de confrontation avec l’État perse.

 

…Et le message capté par la rue arabe !

Ainsi, Israël n’a jamais paru aussi faible aux yeux de la rue arabe qui rêve maintenant de donner l’assaut final pour libérer « Al-Quds » et rendre à l’Islam son prestige d’antan. Mais alors comment faire pour mettre un terme à cette faiblesse? La question se pose dans plus d’un cercle, aussi bien israélien qu’occidental. La réponse demeure toutefois insatisfaisante car les conséquences pourraient être graves non seulement pour Israël mais pour l’ensemble de la région voire de la planète.

En effet, dans cette réponse trois scénarios sont plausibles et tous les trois passent par le remplacement d’Ehud Olmert à la tête du gouvernement israélien :

Le premier se traduirait sans doute par l’arrivée au pouvoir de l’aile radicale de la société israélienne, représentée en partie par le Likoud et donc par Benjamin Netanyahu.  La seconde, serait que l’actuel parti au pouvoir, Kadima, reste au pouvoir en substituant son chef, donc en remplaçant Olmert par un autre dont le charisme fera en sorte de sauvegarder l’honneur du parti sans pour autant permettre aux plus radicaux de reprendre le dessus. Le dernier cas de figure serait celui de l’arrivée des Travaillistes au pouvoir et donc d’Ehud Barak à la tête du gouvernement.

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